Le rapport tour de taille/taille est un indicateur pratique de dépistage de l’adiposité abdominale. Contrairement à l’IMC, il met le tour de taille en relation avec la stature, mais il ne mesure pas directement la graisse viscérale et ne diagnostique pas une maladie cardiométabolique. Interprétez-le avec l’IMC et d’autres données de santé.

Pourquoi l’emplacement de la graisse compte

Toutes les graisses corporelles ne présentent pas le même risque métabolique. La graisse sous-cutanée, stockée sous la peau au niveau des hanches, des cuisses et des bras, est relativement peu active : elle emmagasine de l’énergie sans perturber fortement la signalisation métabolique. À l’inverse, la graisse viscérale se trouve dans la cavité abdominale, autour du foie, des reins, du pancréas et des intestins. Elle est métaboliquement active de façon défavorable : elle libère des cytokines pro-inflammatoires, dont le TNF-alpha et l’interleukine 6, perturbe la signalisation de l’insuline vers le foie et déverse des acides gras libres directement dans la veine porte, où ils altèrent le métabolisme hépatique du glucose. C’est pourquoi les personnes ayant un IMC normal mais un tour de taille élevé — le phénotype parfois appelé « obésité de poids normal » — peuvent présenter un risque cardiométabolique accru que l’IMC ne détecte pas. Un tour de taille élevé, quel que soit le poids, peut signaler une accumulation de graisse viscérale ; le RTT quantifie ce signal en le rapportant à la taille et à la corpulence. Plusieurs études d’imagerie par scanner et IRM ont confirmé le lien étroit entre le tour de taille et le volume de graisse viscérale.

Une règle simple : un tour de taille inférieur à la moitié de la taille

L’intérêt du RTT tient à sa simplicité. NICE présente le fait de garder un tour de taille inférieur à la moitié de la taille comme un message pratique de dépistage chez l’adulte et recommande d’utiliser le RTT avec l’IMC chez de nombreux adultes. Une valeur égale ou supérieure à 0.5 peut indiquer un risque accru lié à l’adiposité abdominale, mais ce n’est pas un diagnostic et ce seuil adulte ne s’applique pas tel quel aux enfants, à la grossesse ni à toutes les situations cliniques. Tenez compte de l’origine ethnique, de l’âge, de la composition corporelle et des autres facteurs de risque.

Le RTT et les autres indicateurs

L’IMC utilise le poids total et la taille, mais ne renseigne pas sur la répartition de ce poids. Un athlète musclé et une personne sédentaire ayant le même IMC peuvent présenter des profils de risque très différents : le poids de l’athlète vient des muscles, tandis que la personne sédentaire peut avoir une quantité importante de graisse viscérale. Le tour de taille seul prédit mieux le risque cardiométabolique que l’IMC, mais ne tient pas compte de la taille corporelle : un tour de taille de 91 cm chez une personne de 1.83 m n’a pas la même signification que chez une personne de 1.57 m. Le rapport taille/hanches (RTH) compare le tour de taille à celui des hanches et tient compte d’une partie de cette variation, mais pas de la taille. Le RTT résout ce problème en rapportant directement le tour de taille à la stature debout : il produit un rapport sans dimension que l’on peut comparer entre des personnes de tailles différentes. Cette mesure est donc plus parlante que l’IMC et plus simple à interpréter que des tableaux de centiles du tour de taille.

Réduire son RTT

La graisse viscérale est métaboliquement active et, chez de nombreuses personnes, réagit relativement vite aux changements d’habitudes — plus rapidement que la graisse sous-cutanée. Les études montrent régulièrement qu’une restriction calorique modérée et l’exercice aérobique mobilisent préférentiellement la graisse viscérale, parfois avant que la balance n’indique une baisse importante du poids total. Ce phénomène est lié notamment à l’augmentation de l’activité du système nerveux sympathique et de la sécrétion d’hormone de croissance pendant l’exercice, qui stimulent la lipolyse du tissu adipeux viscéral. Pour une personne mesurant 170 cm, chaque centimètre de tour de taille en moins améliore le RTT d’environ 0.006. Une réduction de 5 cm — qui peut être atteinte en 8 à 12 semaines avec des changements réguliers, dont un déficit modéré de 300 à 500 calories par jour et au moins 150 minutes d’exercice aérobique par semaine — peut faire passer une personne proche du seuil de la catégorie « surpoids » à la catégorie « saine ». Le renforcement musculaire complète l’exercice aérobique en préservant la masse maigre pendant la perte de graisse, ce qui aide à maintenir le métabolisme de repos et à éviter le ralentissement métabolique parfois associé à une restriction calorique trop importante.

Comment mesurer correctement

La précision du RTT dépend entièrement du choix du repère anatomique pour mesurer le tour de taille. L’erreur la plus fréquente consiste à mesurer au niveau du nombril. Il faut plutôt mesurer au point le plus étroit du tronc vu de face, généralement 2.5 à 5 cm au-dessus du nombril, à mi-chemin entre le bord inférieur de la dernière côte et le sommet de la crête iliaque. Il s’agit du site de mesure standardisé par l’OMS à l’échelle internationale, utilisé dans les études ayant validé le seuil de 0.5. Mesurez après une expiration normale, sans contracter ni rentrer le ventre. Tenez-vous debout, pieds joints et poids réparti également, pour obtenir une posture reproductible. Utilisez un mètre ruban souple, maintenu à l’horizontale, ajusté contre la peau sans comprimer les tissus. Une mesure le matin avant de manger et après être allé aux toilettes constitue un point de départ plus stable pour suivre l’évolution au fil des semaines ou des mois. Évitez de mesurer après un repas copieux, car une distension abdominale temporaire peut ajouter 1 à 2 cm.