Le modèle de Lille répond à une question précise et importante : après une semaine de corticostéroïdes pour une hépatite alcoolique sévère, le traitement fonctionne-t-il ? Publié par Louvet et ses collègues en 2007, il convertit six mesures des jours 0 et 7 en un score unique qui distingue les patients susceptibles de répondre de ceux qui risquent de ne pas répondre, afin d’éclairer la poursuite des corticostéroïdes ou le choix d’une autre stratégie.
Fonctionnement du modèle de Lille
Le modèle de Lille est un score de régression logistique élaboré à partir d’une cohorte de patients atteints d’hépatite alcoolique sévère et déjà traités par corticostéroïdes. Six variables — âge, albumine, bilirubine au jour 0, bilirubine au jour 7, insuffisance rénale et temps de prothrombine — sont combinées dans un prédicteur linéaire R, auquel on applique ensuite la transformation logistique exp(−R) / (1 + exp(−R)) pour obtenir un score compris entre 0 et 1.
Les coefficients publiés ont été ajustés avec des unités SI : albumine en g/L, bilirubine en µmol/L et temps de prothrombine en secondes brutes (et non en INR). Ce calculateur accepte les unités conventionnelles américaines g/dL et mg/dL généralement utilisées dans les dossiers cliniques ici, puis effectue la conversion en interne (×10 pour l’albumine, ×17.1 pour la bilirubine) avant d’appliquer les coefficients. La saisie des unités usuelles produit donc bien le résultat prévu par la formule.
Pourquoi l’évolution de la bilirubine au jour 7 est déterminante
Contrairement aux scores de gravité mesurés à l’admission, comme la fonction discriminante de Maddrey, le modèle de Lille est volontairement calculé après une semaine de traitement. Le terme qui pèse le plus est l’« évolution de la bilirubine », c’est-à-dire sa baisse entre le jour 0 et le jour 7, car elle indique directement si le foie répond aux corticostéroïdes, indépendamment de la gravité initiale. Un patient dont la bilirubine était très élevée au jour 0 peut tout de même être répondeur si elle baisse fortement au jour 7 ; à l’inverse, une bilirubine initialement plus modérée qui diminue à peine peut correspondre à une absence de réponse.
L’insuffisance rénale (créatinine supérieure à 1.3 mg/dL ou dialyse) et un temps de prothrombine élevé orientent également le score vers l’absence de réponse, en reflétant une aggravation de la fonction de synthèse du foie et une atteinte précoce de plusieurs organes.
Données saisies et leur signification
Les six données sont obligatoires. L’âge et l’albumine (jour 0) sont mesurés une seule fois. La bilirubine est saisie deux fois — au jour 0 et au jour 7 — car c’est son évolution, et non l’une ou l’autre valeur isolée, qui détermine le score. La créatinine détermine automatiquement l’indicateur d’insuffisance rénale au seuil de 1.3 mg/dL ; la case de dialyse le remplace, car la créatinine d’un patient dialysé ne reflète plus la fonction rénale native. Le temps de prothrombine doit être saisi en secondes : le modèle n’a jamais été validé avec l’INR et il n’existe pas de conversion fiable entre les deux ; l’INR n’est donc volontairement pas accepté ici.
Limites et situations nécessitant une évaluation complémentaire
Le modèle de Lille a été élaboré et validé spécifiquement chez des patients atteints d’hépatite alcoolique sévère ayant déjà commencé un traitement par corticostéroïdes. Ce n’est pas un score général de gravité des maladies du foie et il ne doit pas servir à décider de commencer les corticostéroïdes ; cette décision s’appuie sur la fonction discriminante de Maddrey. Le seuil de 0.45 est une probabilité issue d’une cohorte précise. Certains centres l’utilisent pour guider l’arrêt des corticostéroïdes, mais cette décision individualisée relève de l’hépatologie et doit tenir compte de toute l’évolution clinique, pas d’un seul résultat automatisé. Ce calculateur ne remplace pas une évaluation complète par un hépatologue et ne prend pas en compte certains facteurs absents du modèle à six variables, comme une infection, une hémorragie digestive ou le stade d’une insuffisance hépatique aiguë sur chronique.